Eugénie Baccot

Documentary Photographer

Diane : all around cow girl

Dans la pièce principale, les murs affichent l’attirail complet du cow-boy : étriers ouvragés et brides en tout genre. De son salon, Diane, longue tresse poivre et sel dans le dos et chapeau de vacher jamais très loin peut observer son territoire, hérité de quatre générations de Bohna avant elle. Le ranch voisin n’est autre que celui de l’héritier des authentiques frères Dalton. Loin de l’image d’Épinal de John Wayne et de celle, glamour, de la cow-girl qui chevauche langoureusement un taureau mécanique en jupe et bottes roses, la vie de rancheuse est autrement plus palpitante. Levée à 5h et couchée à 21h, Diane gère au quotidien 1500 bovidés musculeux sur 3 700 hectares.

Comme bon nombre de cow-girls, Diane elle est la digne héritière d’une longue tradition de femmes «ranchers». Dans la grande histoire de la conquête de l’Ouest, les terres sauvages, du Wyoming à la Californie, sont principalement peuplées d’hommes. Les femmes qui parcourent avec eux les pistes du Far West sont, pour beaucoup, des prostituées. Ce qui change la donne, c’est la loi de propriété fermière, mise en place par Lincoln en 1862 : afin d’arracher leurs terres aux peuples natifs, l’État cède 65 hectares à tout homme et toute femme qui occupe une terre depuis plus de cinq ans. Une révolution à une époque où les femmes n’ont ni le droit de vote ni le droit de posséder quoi que ce soit. L’offre fait l’effet d’une bombe, au début du XXe siècle, de 30 000 à 40 000 femmes avaient acheté des terres en leur nom. Parmi elles, des figures historiques comme Cattle Kate, Caroline Lockhart ou Lucille Mulhall dont les destins d’entrepreneuses vont nourrir une réflexion féministe nationale.

Texte Anne-Laure Pineau // freelance journalist // www.youpress.fr