Eugénie Baccot

Documentary Photographer

Les marionnettes du Docteur Nabil

Créé au Xe siècle comme un moyen d’expression et de contestation, le théâtre d’ombres, art populaire, a manqué de disparaitre des planches égyptiennes. La disparition des derniers maîtres marionnettistes ne fait qu’alourdir un triste constat, les traditions théâtrales populaires égyptiennes influencées par la venue de nomades persans au Moyen-Age se perdent au gré des influences extérieures. Pour éviter la mort inéluctable de cet art, Nabil Bahgat, professeur d'art dramatique à l'université d'Helwan du Caire a fondé la troupe Wambda (la lumière dans le désert sombre) et fait de la transmission des histoires du peuple, pas celles des pharaons, son combat.

Wambda présente ses pièces aux quatre coins de la Méditerranée, de Grèce en Espagne, mais elle n’oublie pas que le combat pour la renaissance de cet art millénaire commence à la racine, dans les quartiers populaires du Caire, là où les contes sont nés. Ainsi depuis 2007, chaque vendredi, le "Dr Nabil" et ses compagnons de troupe jouent à la Maison Suheymi, dans le quartier populaire de Gamaliyya. Les spectacles sont gratuits et précédés d'ateliers de création de marionnettes d'ombres.

Marionnettes de cuir vieilles de 1500 ans pour certaines, les acteurs et le guignol égyptien Aragoz, le vagabond qui parvient à se tirer de situations épineuses par la ruse et la verve, tout en se riant des puissants se retrouvent sur une même scène. Derrière le guignol il y a l'oncle Saber, le dernier des montreurs d'Aragoz à gaine du Caire. Il est à 79 ans, malgré son âge et sa cécité, de tous les spectacles de Wamda. Mains chaussées de deux marionnettes, il actionne d’un coup de langue la membrane qui donne cette voix si stridente à Aragoz.

À chaque marionnettiste son personnage et sa voix. Ensemble, Mustafa, Ali et Mahmoud comptent l'histoire d'un garçon pêchant avec son père quand survient un énorme crocodile, qui dévore ce dernier. Désespéré, le fils va chercher son oncle, un savant magicien qui se fait à son tour avaler tout cru. Dans un ballet d’ombres, le héros cherche alors "le père des muscles", un vantard aux biceps gonflés. Mais lui aussi succombe aux mâchoires de la bête...

Il est 18h, les enfants fascinés par les histoires et les pitreries des marionnettes frappent d’impatience aux portes bien avant le début du spectacle.