Eugénie Baccot

Documentary Photographer

Dans la maison du Pasteur Lee

La maison du Pasteur Lee n’est pas comme toutes celles de Séoul. En témoignent la vingtaine de paires de chaussures qui jonchent le sol de l’entrée, les centaines de couches rangées ici et là dans les interstices disponibles des placards et étagères, les tapis d’enfants qui recouvrent tous les sols sur les deux étages de la demeure. Pasteur Lee a décidé d’avoir une très grande famille. Aujourd’hui, à 60 ans, il a 19 enfants, âgés de 32 ans à 2 mois. Ce sont pourtant les hasards de la vie qui ont conduit cet ancien gérant de supérette à devenir le père de cette famille si nombreuse. Il y a 28 ans, son cadet naît très lourdement handicapé. Lors des séjours réguliers de son fils en hôpital, il découvre le sort de nombre d’enfants handicapés en Corée du Sud, abandonnés par leurs proches, faute d’aide de l’État. Il décide alors de les adopter. Tandis que la maison se remplit, le gérant de la supérette devient Pasteur ; et la demeure familiale, une église. Chaque dimanche, le culte est célébré dans le salon entre les jouets et fauteuils roulants des enfants, en présence des fidèles de ce quartier populaire. Mais la particularité de cette maison ne s’arrête pas là. Il y a dans un vestibule, dans un mur, un étrange placard, chauffé et tapissé de couvertures. Le fond de ce placard est un autre battant qui s’ouvre sur la rue. C’est la Baby Drop Box : une petite boîte où les mères aux abois peuvent anonymement déposer leur enfant. Une incitation à l’abandon ? Le pasteur écarte la critique d’un geste de la main, rappelant que près de 600 enfants sont abandonnés chaque année dans les rues de Séoul, parfois dans une poubelle et les frimas de l’hiver. La vie de la maisonnée est désormais rythmée par cette sonnerie qui résonne, de jour comme de nuit, plusieurs fois par semaine, lorsqu’un enfant est abandonné dans la boîte, accompagné d’une note de la mère, de quelques vêtements ou d’un biberon.

Ariane Puccini // freelance journalist // www.youpress.fr